La Spitzmühle
Le moulin de la Pointe
Spitz, la pointe : il se nomme par l’endroit, là où les bras de la rivière se séparent.
Petite France · Strasbourg
Son histoire s'inscrit à côté de celle des autres Moulins de ce quartier dont il reste aujourd'hui le seul témoin encore intact.
L’histoire en bref
Dès le début du XVIIe siècle, ce quartier comptait plusieurs moulins, notamment pour broyer les grains grâce à la force de l’eau vive. Sur les bras de l’Ill, l'un d'entre eux était spécifiquement dédié au broyage des épices, mais aussi des bols de teinture et autres denrées coloniales : la Würtzmühle.
"Le Moulin aux Epices" est la traduction française du nom historique du bâtiment. Il désigne aujourd'hui un appartement de 82 m2 occupant une partie du rez-de-chaussée de la Würtzmühle, juste au dessus de l'eau avec une vue dégagée sur l'Ill, ses cygnes, ses canards et ses bateaux mouches. Voici l’histoire du bâtiment, et celle du quartier qui l’entoure.
A partir du XIIe siècle la ville de Strasbourg commence la canalisation des 4 bras de l’Ill.
La Würtzmühle est bâtie entre 1619 et 1621 date d'achèvement.
La Grande Île, Petite France comprise, entre au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Les moulins de l’Ill
Un moulin se nommait par ce qui le distinguait : un lieu, une famille, une marchandise.
Le moulin de la Pointe
Spitz, la pointe : il se nomme par l’endroit, là où les bras de la rivière se séparent.
Les moulins du nom de leurs meuniers
Deux noms portés comme une enseigne : on savait ainsi chez qui l’on faisait moudre.
Le moulin aux épices
Würz, l’épice : le seul des moulins à ne nommer ni une famille, ni un lieu, mais ce qu’on y réduisait en poudre.
Le Moulin dans son quartier
La Petite France vue du pont Saint Thomas : le Moulin au milieu, la chute d'eau à sa gauche, le pont Saint-Martin à sa droite et l’Ill qui passe de part et d'autre ainsi que sous le bâtiment.
Sept siècles
Au sud-ouest de Strasbourg, la rivière l’Ill, longue de 217 km, se divise en quatre bras au niveau des Ponts couverts. Canalisés, ils donnent une eau vive, rapide et constante : une force motrice puissante. S’y installent les métiers qui ne peuvent pas s’en passer — pêcheurs, bateliers, meuniers, et surtout tanneurs, dont le travail du cuir exige un rinçage permanent. Il accueillent également de nombreux Bains municipaux.
Loin des demeures bourgeoises de la cathédrale, c’est un quartier populaire de hautes maisons à pans de bois et de ruelles étroites. On ne s'aventure guère dans cet enchevêtrement de masures, de hangars et d'ateliers si l'on a rien à y faire.
L’eau comme source nourricière
Les métiers de la rivière : la pêche mais aussi le transport des marchandises par bateau.
L’eau comme force motrice
Le courant, rapide et constant, fait tourner les roues. Chaque moulin tient son bras de rivière — et son nom, comme on l’a vu plus haut.
L'eau pour le rinçage du cuir
Leur travail exige un rinçage permanent. Les grands greniers ouverts que l'on voit encore sur le haut des façades ne sont pas décoratifs : c’est ici que l'on faisait sécher les peaux.
Ce sont également eux, éclairés la nuit, que l’on voit tout en haut de cette page.
Sur les bras de l’Ill, chaque moulin porte un nom — de lieu ou de famille. Et chaque moulin donne son nom au canal sur lequel il est situé. Les noms des moulins et des canaux servent ainsi de repère pour situer les rues. Seule la Würtzmühle est désignée par ce qu’on y broyait, les épices, et n'a pas donné son nom à un canal. Elle est idéalement située tout au bout du canal de la Zornmühle (aujourd'hui disparue). Les noms, plus haut.
Nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises, le moulin aux épices de Strasbourg porte en allemand le nom de Würtzmühle. Il le tient de sa destination première puisque l'on y cassait, broyait et moulait les épices, les bois de teinture et les autres denrées précieuses venues des routes du commerce — une matière rare et chère, qu’il fallait réduire en poudre au plus près des marchands.
Le bâtiment est construit sur des piliers dans l'eau, ce qui permet à la rivière de couler entre eux. Les épices brutes y étaient livrées par bateaux. D’où sa position : non pas au bord de l’eau, comme les autres moulins, mais au-dessus.
Les deux dates circulent ; nous n’avons pas tranché.
Le quartier dit de "La Petite France", comprenant tous les bâtiments autour des canaux, en fait partie. Strasbourg est la première ville française dont l’inscription porte sur un centre urbain tout entier, et non sur un monument isolé.
Les poutres apparentes, les volumes irréguliers et les ouvertures en plein cintre en grès des Vosges appartiennent à la Würtzmühle. Par contre, les sublimes parquets indonésiens anciens, les grandes dalles de pierre de la Chapelle de Xertigny, le cuivre marocain, les sublimes portes en boiseries anciennes sont le produit du chinage des propriétaire successifs et font le caractère si particulier et unique du lieu.
Le point central de la décoration est une fresque murale de sept mètres sur deux, créée spécifiquement par l'artiste @William pour cet appartement, dans les tons bleus et les ors des temples d’Asie, qui nous évoquent immanquablement la chaleur des épices.
L’origine du nom « Petite France » est moins jolie qu’il n’y paraît. Le quartier tient son nom d’un hospice ouvert rue des Moulins pour y isoler les malades de la syphilis — que l’époque appelait le mal français.
Le moulin ne broie plus rien : on y dort, et la rivière passe devant et dessous.
Petite France, Strasbourg
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